Deux sur trois – Côté Mère

Mon souci récurrent, avant le début du 2ème long traitement (à savoir les 35 séances de radiothérapie), était la fameuse CIP ; ce boîtier était devenu insupportable et douloureux sous ma fine peau au-dessus du sein droit. Je n’avais donc qu’une idée en tête, le faire enlever, malgré l’angoisse de mon futur décolleté ruiné par la cicatrice, la CIP ayant été placée trop basse par le chirurgien au début de mes traitements.
La chimio s’est terminée fin avril et je devais rencontrer le radiothérapeute le 10 mai.
Ma mémoire me fait défaut plus souvent depuis les traitements, mais je n’oublierais jamais comment j’ai rencontré cette chirurgienne formidable qui, un soir tard à l’hôpital, a bien voulu m’ôter la CIP. Sa longue journée se terminant, elle n’a pourtant pas hésité à prendre le temps d’essayer de rattraper une cicatrice, mais aussi à m’ôter un petit kyste que j’avais sur le devant du crâne, mon état de chauve étant déjà bien assez compliqué à gérer sans cette chose tout sauf esthétique.
Cette femme, c’est le Docteur Isabelle CONRI, qui a fait ces deux opérations avec une grande humanité et psychologie, et cela faisait du bien de voir quelqu’un comprendre ma détresse. Je l’en ai beaucoup remerciée.

Le 10 mai 2007, je me rends donc à mon premier rendez-vous avec le médecin radiothérapeute. A nouveau, un long parcours du combattant s’annonce : je suis déjà très fatiguée et les séances de radiothérapies s’échelonnent sur 7 semaines, à raison d’une séance par jour.
Non content des cicatrices qui recouvrent mon corps, je dois aussi passer par l’épreuve du tatouage afin délimiter les zones à irradier. 3 petits points noirs indélébiles à rajouter à la liste des marques qui resteront à vie sur mon corps.
De plus, à cause des traitements journaliers, je suis obligée d’abandonner mon Pays Basque pour louer un appart’hôtel dans une résidence plus près de l’hôpital ; un studio triste, impersonnel, à l’image de mon moral qui peine à remonter.

Je me rappelle qu’à la première séance, pourtant indolore et ne durant que quelques instants, j’ai dit à l’équipe de radiomanipulateurs qu’ils ne me reverraient pas le lendemain. J’en avais assez. La chimiothérapie m’avait plongé dans la ménopause, en version accélérée sur 6 mois et je subissais donc tous les aléas hormonaux, physiques et moraux. J’étais prête à tout abandonner.

L’équipe, gentiment, patiemment, m’a raisonnée, ainsi que mon compagnon.
J’étais presque au bout du tunnel, et il me fallait tenir encore ces longues semaines ; j’ai réuni mes dernières forces mentales, pour que mon physique avance encore.

Pour tenter de ne pas trop sombrer et d’être supportable pour mon entourage et moi-même, mon médecin traitant m’a mise sous DEROXAT, stabilisateur d’humeur, une « béquille » inévitable pour ma survie morale et la reconstruction d’un puzzle complètement explosé, déjà bien avant le cancer (mort de mon papa, divorce…).

Une amie qui avait dû subir de la radiothérapie m’a indiqué un traitement homéopatique, pour ne pas avoir le sein « cartonné » à la fin de toutes les séances :

Prendre 5 granules, 3 fois/jour, dès la 1ère séance :
RADIUM BROMATUM 15 CH,
APIS MELLIFICA 15 CH,
BELLADONNA 15 CH.

A poursuivre à la fin des séances (sauf APIS MELLIFICA), durant 3 mois.

En sortant de chez mon médecin traitant, je passe dans une pharmacie où je n’avais pas l’habitude de me rendre. Un pharmacien adorable, dont la femme avait eu un cancer du sein, m’a donné de précieux conseils. Le cancérologue ne me prescrivait que de la biafine, alors que les manipulateurs radiothérapie me disait le contraire. Le pharmacien, lui, a tranché : surtout pas de Biafine (car la crème contient de l’alcool, totalement déconseillée avec la radiothérapie), et me recommandait par-contre la crème DEXERYL.

J’ai cherché tout au long de ce combat contre le cancer, différentes solutions pour adoucir ou éviter trop d’effets secondaires, inhérents aux traitements lourds mais nécessaires pour cette maladie insidieuse. Evidemment, la partie était plus que difficile et j’ai appris le lâcher prise et à m’alléger de choses non importantes, pour combattre comme un petit soldat. Facile à dire, pas facile à faire mais ma grande chance a été d’être entourée d’amour, de positivité et aussi de bonnes rencontres.

Ces séances me parurent interminables, le cancérologue radiothérapeute fut odieux et non disponible. Sur le plan médical, il n’était d’aucun soutien positif et aucunement rassurant quand j’étais très inquiète, en particulier sur les effets secondaires de la radiothérapie (maux de gorge persistants, par exemple).
Nous finirons donc notre relation sur un « divorce médical », à la fin des séances de radiothérapie, où je lui ai signifié que je ne voulais plus être suivi par une praticien comme lui.

J’étais épuisée, tant physiquement que psychologiquement mais heureuse que ces allers et retours journaliers se terminent enfin.
Après la dernière séance, je suis allée fêter symboliquement avec les radiomanipulateurs/trices la fin de ces mois de combat contre le cancer, qui ont été adorables durant ces longues semaines et surtout pour leur présenter ma fille Agathe, qui m’avait accompagnée pour cette petite célébration.

L’hormonothérapie qui devait suivre ne me paraissait rien par rapport à tout ce que j’avais vécu depuis septembre 2006. Le bout du tunnel commençait à poindre enfin !

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