1 chimio, 2 chimios, 3 chimios… – Côté Fille

S’habituer à voir ma mère sans cheveux a sûrement été le plus difficile. Un homme au crâne rasé, on n’y fait pas attention, puisque c’est même parfois un choix esthétique ; mais une femme, c’est comme si ça avait une connotation négative, comme si ça disait « elle est malade ». Et oui, ma mère était malade.

Après la chute de ses cheveux, il a donc fallu penser à la perruque. Et autant lors d’une fête déguisée, choisir une perruque c’est plutôt drôle, autant dans cette situation là, tout devient glauque. Choisir sa nouvelle « tête » et trouver une coiffure qui ressemble à la coupe que l’on avait avant ; mais une fois la perruque mise en place, ça n’a rien à voir avec avant. Comme si les perruques ne faisaient finalement qu’accentuer l’effet « étrange », « faux », et surtout malade. Comme une étiquette.
Car en plus des cheveux, ma mère allait perdre ses sourcils et ses cils. Et là, même la plus jolie perruque du monde ne pourrait plus donner le change.

Nous ressortirons de la boutique du perruquier les mains vides. C’était trop précipité, ma mère n’avait pas pu s’y faire. Elle fera finalement appel à une personne qui viendra à domicile lui proposer plusieurs modèles, dont l’un qu’elle prendra, presque à contrecoeur.

En fin de compte, elle portait sa perruque plus pour arranger les autres personnes que pour elle : leur éviter cette vision dérangeante d’un crâne chauve et éviter les regards insistants dans la rue. Mais elle ne la supportait pas ; et en même temps, qui pourrait supporter de porter des cheveux qui ne sont pas les siens, en les fixant sur une tête qui n’en a plus ?

Même moi, il m’est arrivé de fixer cette tête que je ne reconnaissais pas. Non pas par dégoût, mais parce que je ne supportais pas que la maladie soit si présente. J’aurais voulu cacher ce crâne, non pas par honte, mais pour ne pas avoir à affronter de plein fouet cette évidence.

Il restait 5 séances de chimio à ma mère pour en finir avec cette première étape du traitement. Et si la perte des cheveux faisait parti des changements physiques visibles, les chimios suivantes révélèrent d’autres changements, bien plus insidieux.

Ma mère, d’habitude si pétillante, toujours hyperactive, n’était tout d’un coup plus que l’ombre d’elle même. Très souvent fatiguée, lassée, et ayant beaucoup de sautes d’humeurs à cause de la ménopause accélérée. Je ne savais plus comment l’approcher, j’étais complètement désemparée.
Plus les séances avançaient, et plus les effets s’accentuaient : ma mère perdait toutes ses forces, comme si elle avait pris 30 ans en quelques semaines.
En plus, les séances imposaient une « santé » irréprochable : c’était une lutte permanente pour ne pas tomber malade et éviter les moindres microbes, ce qui rendait la moindre sortie presque comme un « évènement » qu’il fallait prévoir. Toutes les choses simples que nous partagions avant, comme aller au ciné, ou manger au restaurant, nous étaient tout à coup supprimées, la maladie lui ayant enlevé l’appétit et l’envie.

Je savais que ce début de traitement serait difficile, mais jamais je ne l’aurais imaginé comme ça. J’essayais tout de même de relativiser en me disant que la plus dure partie serait bientôt finie.
Je revois ma mère, à chaque chimio passée, dire « Allez, plus que _ séances ! » ; et je savais que même si c’était plus pour donner le change qu’une réelle conviction, je me disais que ce compte à rebours l’aidait à ne pas baisser les bras. Et m’aidait aussi, à la manière qu’un enfant envoyé en colonie compterait les nuits avant de retrouver ses parents.

Et puis un jour, la dernière chimio arriva enfin. On était en Avril, le printemps arrivait et l’espoir renaissait. Chimiothérapie : check.
Mais ma mère était en ruine, et je me demandais si quand bien même elle s’en sortait, dans quel état elle serait.

Je savais que ma mère était une battante, et qu’elle comptait bien ne pas se laisser faire par cette fichue maladie ; mais pendant ces plusieurs mois de traitement, j’avais peur que toute cette force lui échappe et que cette saleté reprenne le dessus.

La fin de cette première « -thérapie » fut un soulagement pour moi : ma mère avait survécu tant bien que mal à cette étape. Elle était toujours là.

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agathe

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