Apprendre la nouvelle – Côté Mère

Tout a commencé au début de l’été 2006, par un bonheur, la réussite du baccalauréat pour ma fille, et une luxation de l’épaule gauche pour ma part, qui sans le savoir fut un signe avant-coureur.

Au retour des vacances, je sens au toucher une boule sur mon sein gauche qui avait déjà été opéré, quelques années auparavant, pour un adénome bénin. Début septembre, je consulte ma gynécologue qui m’envoie passer une mammographie annuelle (la précédente n’avait eu lieu que 9 mois auparavant), confiante.

Le premier verdict tombe et je suis atterrée, terrifiée : tumeur maligne certainement, biopsie pour confirmation. C’est un début de tsunami en moi, qui avait déjà débuté quelques mois auparavant, après la mort de mon papa d’un cancer du côlon. La biopsie confirme le diagnostic et à la sortie de cet examen, je suis anéantie, c’est un cauchemar, je vais me réveiller.

Le parcours de la combattante débute, au sens propre du terme : je consulte le chirurgien oncologue qui doit m’opérer, qui m’explique la procédure, se voulant rassurant ; je choisis l’option de l’ablation de la tumeur maligne et d’un seul ganglion, avec l’espoir que la tumeur étant petite et repérée rapidement, la chaîne ganglionnaire ne soit pas atteinte. La date est fixée.
L’attente avant l’opération et le stress qu’elle engendre me tue. Je suis dans un état second, j’ai l’impression de vivre à côté de moi ; je cogite la nuit sur cette tumeur insidieuse qui est en moi et me ronge, sans bruit ni douleur. Je ne sais pas comment l’annoncer à ma fille unique, et cela me torture ; heureusement mon compagnon le sait et me rassure.

A l’approche de l’opération, dont la date me paraît une éternité, je me lance et annonce à ma fille que je vais devoir être opérée. Pas la peine de lui cacher le terme de cancer, qu’elle connaît déjà bien, cette maladie ayant été très présente dans la famille et l’entourage. Je me veux rassurante alors que j’ai très peur, je suis sa maman et je suis loin d’imaginer ce qu’elle peut ressentir. Je dois le dire aussi à ma propre maman, malgré la maladie de Parkinson dont elle souffre, encore accentuée depuis la mort de mon père.
Essayer de rassurer les gens, alors que je suis moi même terrifiée ; et moi, qui va me dire que tout va bien se passer ?

L’opération est un succès, mais la partie post-opératoire est difficile, à cause des drains dans mon sein ; je suis tout de même soulagé d’avoir passé ce mauvais moment.

Et de nouveau l’attente des résultats de la biopsie. Attendre de pouvoir rentrer chez moi, car je dois rester à l’hôpital une dizaine de jours. Le temps est long, mais heureusement mon compagnon et ma fille sont très présents. Ma famille et mes amis proches me soutiennent aussi, par la pensée pour ceux qui ne peuvent pas être là. Je continue d’espérer que tout ça ne soit pas réel…

Le chirurgien vient m’expliquer que si la biopsie ne donne rien, je devrais quand même avoir des séances de radiothérapie, le protocole classique. Un traitement contraignant, avec une séance tous les jours durant plusieurs semaines ; mais il me dit que ce traitement est indolore et rapide. Tout cela me fait peur, mais je n’ai pas le choix que d’encaisser.

Après ma sortie de l’hôpital, j’essaie de vivre le moment présent et de ne pas trop réfléchir. Je dois déjà me remettre de l’opération.

Mais le répit est de courte durée : le résultat de la biopsie n’est pas bon. J’avais 1 chance sur 2, j’ai joué et j’ai perdu.
Je dois à nouveau être opérée au plus vite, pour cette fois-ci curer toute la chaîne ganglionnaire du côté gauche qui est métastasée.
Une date est fixée 3 semaines seulement après ma première opération.
Et encore cette attente insoutenable qui reprend. J’ai l’impression d’être dans une sixième dimension….

Après la seconde opération et une hospitalisation pénible, le verdict tombe : la chaîne ganglionnaire a subi des métastases, d’où la nécessité d’un traitement de choc ; en plus de la radiothérapie, j’aurais aussi droit à de la chimiothérapie et ses douloureuses conséquences, et de l’hormonothérapie durant 5 ans, le protocole prévu pour les femmes relativement jeunes. La pilule est dur à avaler, mais avec le recul, le staff médical a mis toutes les chances de mon côté pour nettoyer définitivement le cancer.

Mais au moment de l’annonce, j’ai l’impression de vivre les derniers instants de ma vie normale, et que plus rien ne sera comme avant. En plus, des êtres chers à mon coeur étaient morts de cette maladie, dont certains plus jeunes que moi.

Le corps médical, en voulant vous expliquer ce qui va se passer, vous assène d’informations ; et à ce moment là, trop d’informations tue l’information, surtout au niveau de la chimiothérapie.
La seule chose que je m’imagine, à cet instant, est que je vais perdre mes cheveux, être très fatiguée, et ne plus être moi-même. Un enfer dans ma tête. Je suis totalement désemparée.
Mais comme à mon habitude, je ne le montre pas, pour ma fille, mon compagnon, ma famille. Je suis un puzzle dont les pièces seraient toutes éparpillées.
Mais le corps a des ressources méconnues et, une fois le processus enclenché, le petit soldat en moi émerge, comme un instinct de survie.

Cette fin d’année 2006 est morose, mais j’ai appris encore plus à profiter du moment présent.
La nouvelle année débutera par 6 séances de chimiothérapie, à 3 semaines d’intervalle au mieux, et avec une batterie d’examens préalables.

***

marie-christine

7 réflexions au sujet de « Chapitre #1 – Côté Mère »

  1. juliana

    avant meme que ma fille ne me donne ses mauvais resultats je savais .comment me diriez vous ? je ne sais pas peut etre qu ne maman pressent ces choses là .l horreur est là mais je dois la soutenir je suis sa maman et elle n a que 29 ans et elle a une petite fille de 5 ans .des fois je me positionne en mere et d autres en grand mere mais de toute façon je ne serai plus jamais la meme au fond de moi ,je ne me plainds pas elle meme ne le fait pas !elle me fait promettre de m occuper de sa fille si ça ne va pas pour elle bien qu elle est son papa bien sur mais elle a peur et je dois etre là plus forte que jamais et je le suis comme un petit robot .mais moi je n ai personne avec qui partager celà ,ma fille n a plus sonpere je viens de me separer de mon mari et je n ai plus mes parents .çela fait 3 ans aujoud hui que ce cauchemar a commencé mais tout va bien ma fille est merveilleuse son mari et sa fille aussi alors moi aussi je continue a essayer de l etre .

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  2. Marie

    Tres bon !
    Je vis presentement la meme chose !
    J ai ma fille aussi et trois garcon dont le dernier a 5 ans et que j ai adopter!
    Demain j aursi le resultat de ma biopcie de l operation que j ai eu le 7 novembre!
    Merci de vous avoir lu!
    Bonne Chance Madame

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  3. Val

    Courrage j’ai vécu la même chose en 2010/2011 sauf que moi j’ai eu une ablation total du sein ,la je suis en ormonotherapie j’ai 4 enfants dont la dernière a 4 ans ! Courrage c’est dur mais sa vaut la coup et la médecine arrive a nous faire gagner contre cette saleté de cancer ! Bravo pour ton témoignage on se retrouve devant
    Bonne chance et garde confiance sa aide !

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